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Retrouvez le témoignage de quelques prisonniers après l'insurrection de 1851:

      Les conditions de détention dans les prisons sarthoises après la Révolution

En ce mois de décembre 1851, quelques jours après le coup d’état de Napoléon III, la température est très basse . Beaucoup d’individus, soupçonnés d’avoir pris part à des mouvements insurrectionnels ont été arrêtés sur leur lieu de travail, au sein d’un atelier chauffé ou même dans leur lit. Transportés immédiatement en prison sans avoir le temps de préparer un paquetage ou de se changer, beaucoup ne sont pas vêtus pour aborder les températures qu’ils doivent affronter dans les cellules :

 

 

« Conduit la nuit sous l’escorte de trois brigades de gendarmerie dans la prison de Mamers, j’y suis resté au secret pendant dix jours. La température était si basse que la gelée apparaissait sur mes moustaches. Puis, j’ai été transféré dans la prison du Mans, à minuit, ayant un bout de chaîne attaché à mon bras l’autre bout de chaîne tenait au bras de M.Granger, aujourd’hui maire de Mamers. »

Témoignage de M. Girard, de Bonnétable.

M. Léon Guyon, dans son livre intitulé « Episode du coup d’Etat en 1851 dans la Sarthe : une évasion », cite le cas de M. Coulpotin, déjà très malade au moment de son arrestation :

« Amené directement à la prison du Mans, il fut déposé dans une cellule du sous-sol. Il n’y avait pas de lit. IL dut passer la nuit couché sur une dalle. Le lendemain, pour avoir une paillasse, il lui fallu adresser une demande à la préfecture. Pour respirer , il n’avait qu’une ouverture grillée à la porte et ayant environ 20 cm carré. Il resta 11 jours dans ce cabanon. »

Quelques uns ont la chance d’être secourus par leur famille qui réussit à leur faire parvenir un peu d’argent et des vêtements chauds. Mais la nourriture est infâme et M. Aguilet déclare avoir contracté une maladie des yeux incurable à cause de ce régime alimentaire « affreux et malsain »

Quant à M. Pioger , qui fut emprisonné au Mans, il décède en 1864 suite à l’aggravation d’une maladie contractée en prison, comme en témoigne une lettre de son fils.

Outre ces conditions de détention matériellement insupportables, les détenus doivent aussi supporter d’être jetés dans des cachots par manque de place dans les cellules des prisons.

 

« Je fus mis au secret pendant 11 jours et 11 nuits dans un cachot humide qui d’ordinaire ne sert qu’aux criminels »

 

 

 

déclare M.Lacroix.

Cette humiliation est souvent évoquée et reflète à quel point ces hommes respectables et innocents de tout crime et parfois même de tout acte insurrectionnel ou politique souffrent d’être traités comme de vils scélérats.

Mais surtout, c’est en les côtoyant qu’ils comprennent que ces dangereux malfrats dont ils partagent la cellule sont capables de plus de sensibilité et de respect que l’administration elle même.

« Au Mans, nous fûmes jetés comme tant d’autres dans la cour de la prévention, parmi les voleurs. Ces malheureux avaient la pudeur qui manquait à l’administration ; ils se retiraient dans la cour pour nous éviter leur compagnie... »

Le 22 décembre 1851, Charles Granger, pharmacien à Mamers et emprisonné dans cette prison écrit au juge Morin :

« Monsieur le juge,

J’ai l’honneur de vous envoyer pour les transmettre avec les observations que vous croirez devoir y joindre, les demandes suivantes que j’ adresse aux magistrats délégués dans la Sarthe par la cour d’Appel d’Angers.

Je demande au cœur de cette justice que n’influencent point les évènements politiques :

(. ..) Qu’on nous fournisse, fussent ils à nos frais, les moyens de chauffage indispensables dans cette saison chaque jour plus rigoureuse

(... ..)

Nous refuser les moyens de chauffage, c’est ajouter gratuitement, sans un seul avantage pour l’instruction, les souffrances du froid aux souffrances- physique et morale- d’une détention au secret, d’emprisonnement au milieu d’un air vicié ; toutes causes qui compromettront notre santé. Plusieurs d’entre nous, par insuffisance de logement dans la prison sont détenus dans les cachots de punition et dans les pièces basses.. …

... ..

Confiant dans la justice que j’invoque…..je veux croire que mes réclamations seront entendues et qu’il sera répondu favorablement à mes demandes fondées en droit et en équité.

Agréez je vous prie Monsieur le Juge

L’assurance de ma considération distinguée"

 

Charles Granger

 

 

Tag(s) : #La faiseuse d'histoires

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