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Dans la nuit du premier au deux décembre 1851, Napoléon III réalise un coup d’Etat qui pousse à son paroxysme une chasse aux républicains débutée depuis plusieurs années déjà. La Sarthe n’est pas épargnée puisque de nombreux Sarthois  sont jugés par une commission mixte et se voient condamnés à différentes peines allant de la simple surveillance à la déportation. Il faut attendre 1881 pour qu’une loi de réparation permette aux républicains de réclamer une indemnisation en constituant un dossier qui donne bien souvent lieu à des témoignages intéressants. C’est parmi ces dossiers de demande d’indemnisation ( série F15 aux archives nationales) que j’ai retrouvé une lettre de Charles Heurtebise relatant les faits suivants. ………..

« Arrêté à Portbail ( Manche) le 20 avril 1854, je fus conduit et incarcéré à Valognes, d’où après 2 mois de mise au secret, je fus, sans jugement, sans aucune notification judiciaire ou administrative, extrait par deux gendarmes qui m’annoncèrent que j’allais être conduit en Algérie pour y être mis à la disposition du gouverneur général. Le 30 septembre, 3 mois après mon extraction de la prison de Valognes, après avoir séjourné dans 43 prisons, parcouru 1012 kilomètres les chaînes aux mains j’étais écroué au fort St Nicolas à Marseille. J’étais alors sous la dépendance de l’autorité militaire. Le 5 octobre, j’étais jeté sur le pont du navire « Le Languedoc » et le 7 janvier je débarquais à Alger. Enfin, le 20 octobre 1854, six mois après mon arrestation j’étais enfermé au camp de l’Oued Boutan ( province d’Alger) immatriculé sous le numéro 6226 et compris dans la première catégorie des transportés c’est à dire soumis au régime des pénitenciers militaires ( travail forcé). Je ne suis rentré en France qu’en vertu de l’amnistie ( en 1859) … »

 

 

N.B : Charles Heurtebise est né à St Calais le 24.08.1829, marié à Alger le 17.07.1867 et décédé le 18.06.1881 à Paris.

Célibataire et vivant au Grand-Lucé au moment des évènements de 1851, Heurtebise était à la tête d’un peloton d’insurgés de Pruillé l’Eguillé qui s'est soulevé à l’annonce du coup d’Etat. Il a pris la fuite et s’est exilé à Jersey après l’échec des insurrections mais est malgré tout condamné à l’expulsion de France.

En exil, il est devenu commissaire en marchandises. Il voyageait beaucoup et effectuait de nombreux allers-retours entre la France et Jersey ce qui lui permettait de faire passer frauduleusement des écrits socialistes rédigés par les nombreux exilés réfugiés dans l’île. Il est finalement arrêté en France, dans la Manche en 1854 et est cette fois ci condamné à la déportation en Algérie.

Il rentre en France en vertu de l’amnistie de 1859 mais retourne en Algérie pour s’y marier en 1867 où il reconnaît un enfant né de lui en 1858. Victor Hugo parle brièvement de lui dans « Choses vues ». Il est dommage de savoir cette lettre (mais il y en a tant d’autres…) tombée dans l’oubli des archives.

Tag(s) : #La faiseuse d'histoires

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