Eugénie Renaudeau
Sage-femme en Vendée ( Saint-Hilaire-de-Talmont) dans la seconde moitié du XIXème
« Pour écrire l’histoire, il faut des sources, des documents, des traces.
Et c’est une difficulté pour l’histoire des femmes »
Michelle Perrot « Mon histoire des femmes ».
Les femmes parlent peu.
Tout du moins dans les archives de la seconde moitié du XIXème siècle.
Dans les journaux, les procès, les registres notariés, les registres paroissiaux ou de l’Etat civil, ce sont des hommes qui recueillent leurs témoignages, rédigent et signent. Les femmes laissent peu de traces d'elles-mêmes.
C'est toujours de la main d’un homme que naissent les histoires de femmes.
Pourtant, en ces temps là, dans les campagnes, la naissance est quasi exclusivement une affaire de femmes. Et c’est entre les mains des femmes que naissent les hommes.
Les registres d’Etat-civil de Saint-Hilaire-de-Talmont, de 1866-1869
En consultant attentivement le registre des naissances de l’Etat-civil de Saint-Hilaire-de-Talmont qui recouvre les années 1866 à 1869, on remarque toutefois une signature féminine, qui parfois accompagne celle de Martial Bironneau, alors maire de la commune.
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Il s’agit de la signature d’Eugénie Renaudeau, sage-femme à Saint-Hilaire-de-Talmont.
La profession de sage-femme au XIXème
Longtemps, les femmes ont accouché chez elles, entourées de leurs proches, sous l’œil avisé de femmes expérimentées. C’était les anciennes du village, connues sous le nom d’« accoucheuses » ou de « matrones » qui, s’appuyant sur leur expérience, prodiguaient conseils et soins aux parturientes.
Le métier de sage-femme tel que nous le concevons aujourd'hui n'existait pas encore. Mais en 1803, une loi a rendu obligatoire d’obtenir un diplôme pour exercer. Le métier de sage-femme devenait dès lors la première profession féminine dotée d’un diplôme. Des écoles ont été créées, notamment à Paris et dans les grandes villes. Poitiers avait la sienne : c’est ici qu’Eugénie a obtenu son diplôme, le 27 septembre 1865.
A l’issue de cette formation, elle devait posséder des bases plus ou moins solides en obstétriques ainsi qu’en botanique, et être capable de prodiguer les soins généraux , principalement auprès des femmes et des enfants.
Cependant, cette professionnalisation s’est faite lentement et les premières sages-femmes, confrontées aux mœurs établies de longue date, ont parfois eu du mal à s’imposer et cela même si les femmes qui persistaient à réaliser des accouchements sans qualification encouraient de très lourdes peines pour exercice illégal de la profession.
Etat des professions médicales à Saint-Hilaire-de-Talmont au XIXème siècle
Eugénie Renaudeau n’est pas la première sage-femme de Saint-Hilaire-de-Talmont. Pauline Sophie Geneviève Blay, née en 1813, y a exercé quelques-temps, suivie par Aimée Marie Sarrazin qui était encore active en 1861.
Dès 1866, Eugénie s’installe dans le bourg de Saint-Hilaire-de-Talmont. Son nom apparait dans les registres de recensement, seul au début, puis, entouré du nom de son mari, Mornet et de ses enfants. Enfin, de nouveau seule, en 1901, veuve, ses enfants installés dans leur propre famille.
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Son nom figure dans les registres de recensement. Elle vit dans le bourg même de Saint-Hilaire-de-Talmont et Il n’y a alors ni médecin ni pharmacien (ils se trouvaient à Talmont). Seul un officier de santé pouvait épauler la jeune sage-femme. Eugénie a donc inévitablement joué un rôle essentiel au sein de la communauté en établissant une confiance croissante au fil des années : elle était à la fois une soignante, une conseillère ainsi qu’une figure de confiance pour les femmes enceintes, les jeunes enfants et leurs familles. Mais au-delà de ses compétences en obstétrique, elle devenait aussi un point d’appui essentiel à la mise en place mesures prophylactiques de campagne de vaccination. On peut retrouver son nom citer à ,pplsueirs reprises lors des campafg,es de vaccinations
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Rapport sur les vaccinations pratiquées en France pendant l’année 1876- comité central de vaccine- Gallica https://gallica.bnf.fr/
Il est pourtant difficile d’évaluer son rôle réel dans la communauté, de connaitre le nombre de femmes en couches qu’Eugénie a pu suivre et le nombre d’enfants qui ont vu le jour entre ses mains. De 1866 à 1869, 307 naissances ont été déclarées devant l’officier de l’Etat-civil de Saint-Hilaire-de- Talmont. Pourtant, Eugénie Renaudeau n’appose sa signature qu’en bas de 4 actes.
4 naissances sur 307, c’est bien sûr bien trop peu pour être le reflet de son activité professionnelle.
Il était assurément impossible pour Eugénie de surveiller chaque accouchement, étant donné l'isolement de certains hameaux et les vastes distances qui les séparent (n'oublions pas que Saint-Hilaire-de-Talmont s'étend sur une superficie équivalente à celle de Paris).
Si Eugénie laisse des traces de son activité à 4 reprises seulement durant ces 4 années, c’est qu’il s’agit de naissances particulières : trois de ces enfants sont des « enfants naturels ».
On désigne ainsi ceux dont la mère est célibataire et dont le père n’est pas nommé. Or, les grossesses des femmes célibataires sont particulièrement suivies.
Depuis longtemps déjà, la loi impose à ces femmes de déclarer leur grossesse aux pouvoirs publics. Dès cet instant, une sage-femme suit leur grossesse, les accompagne durant l’accouchement et prodigue les soins nécessaires à la mère comme au nouveau-né. Le rôle de la sage-femme ne s’arrête pas aux actes médicaux. Son travail la mène à accomplir des démarches administratives comme présenter l’enfant en déclarant sa naissance devant l’officier de l’Etat civil. C’est elle qui explique à la jeune maman les démarches à effectuer qui seront déterminantes pour l’enfant : faire acter une reconnaissance de l’enfant devant l’officier d’Etat ou se résigner à l’abandon. Dans ce dernier cas, c’est souvent la sage-femme qui mène l’enfant à l’hospice dans lequel sera recueilli.
Sur ces 3 naissances particulières, 2 mères ont pu garder leur enfant et sont allées faire établir un acte de reconnaissance. La troisième n’en a pas eu le temps : son nouveau-né est décédé un mois plus tard.
Ligne de vie d’Eugénie Renaudeau femme Mornet
-1841 : naissance à Vairé, le 18 octobre 1841.Fille de Louis Renaudeau et Pélagie Richard, laboureurs à la métairie des Landes, à Vairé.
-1865 : Elle obtient le diplôme de sage-femme le 27 septembre 1865, à Poitiers.
-1866 : Elle s’est installée dans le bourg de Saint-Hilaire-de-Talmont.
-1867 : Première signature dans les registres de l’Etat civil de Saint-Hilaire-de-Talmont à l’occasion de la déclaration de naissance d’un enfant naturel issu d’une jeune mère célibataire, 19 mars 1867.
-1869 : Mariage le 27 janvier 1869 avec Honoré Mornet, journalier puis, tisserand. Naissance de son premier enfant, Alphonse Louis Honoré, le 13 décembre.
- 1870 : Naissance à sa première fille, Berthe Eugénie Marie Augustine, le 26 décembre 1870.
- 1872 : Naissance à sa seconde fille, Marie Sidonie Anastasie, née le 11 janvier 1872.
-1874 : Naissance de son fils Louis Eugène Ariste le 31 mai 1874 à SHT.
-1891 : Décès de son mari Honoré Mornet le 9 décembre 1891, à Saint-Hilaire-de-Talmont
-1904 : Décès d’Eugénie, le 13 septembre 1904 à SHT.
En 1906, une autre sage-femme a pris la relève. Il s’agit d’Ernestine Tenailleau, la belle-fille d’Eugénie (la femme de son fils Ariste).
Sources et bibliographie
https://musea.univ-angers.fr/s/musea/page/accueil
Les femmes ou Les silences de l'histoire, Michelle Perrot
Bourse Claire, LA gynecologie- obstétriseu du début du XIXème siècle à travers l'esxemple de Marie Victoire Gillain veuve Boivin, sage-femme, Mémoire pour diplôme d'Etat, 2016
Marty, Audrey, Histoire de la formation des sages-femmes dans l'Ain du XIXe à nos jours; mémoire de master 2, 2015.
Sage-Pranchère Nathalie, L’école des sages-femmes. Les enjeux sociaux de la formation obstétricale en France (1786-1916), Thèse de doctorat, 2011.
Jérôme Van Wijland, d’une sage-femme de l’ Arriège à la fin du XIXème siècle », article publié le 01.11.2024 Site de l’académie nationale de médecine
https://bibliotheque.académie-medecine.fr