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1.Face au décès

 

2. Lorsqu’il n’y a pas de corps ?

 

3.Le désir d’un rapprochement physique entre vivants et morts

 

4.Les soldats inhumés sur le champ de bataille en 1870

 

 5.Des histoires de retours inespérés, on en a tous entendues.

Quelques exemples lors de la guerre de 1870

 

 

1.

Face au décès

 

Quelles que soient les circonstances de la mort, même si celle-ci est attendue comme la suite logique d’une trop longue maladie, l’annonce d’un décès constitue toujours un choc.

Il faut accepter que la séparation d’avec l’être aimé soit définitive.

Accepter et renoncer à tout espoir.

Nous prenons alors cruellement conscience de notre impuissance et notre frustration grandit à hauteur du vide suscité par l’absence.

Et pourtant, il faudra surmonter.

Pour ce faire, chacun érige quantité de subterfuges contribuant à contourner le fossé créé par le vide.

C’est un combat.

Il faut s’organiser, réfléchir, agir et s’entourer afin de puiser après de ses proches le réconfort nécessaire. Il faut faire son «   travail de deuil ».

Ce travail demande beaucoup de temps mais surtout, il nécessite un « support », un lien matériel entre le décédé et les personnes endeuillées. Il faut pourvoir s’appuyer sur du concret. Il faut un lieu de recueillement, un espace dédié, un objet, et, surtout, un corps.

Voir le corps pour mieux accepter l’inacceptable.

Voir le corps apprêté, qui semble dormir paisiblement, afin de garder de celle ou celui qu’on regarde une dernière fois, une image rassurante et tenter d’accepter au mieux l’ultime séparation.

Mais lorsqu’il n’y a pas de corps ?

2.

Mais lorsqu’il n’y a pas de corps ?

 

Alors, le doute s’immisce.

Il perturbe.

Il dérange l’esprit qui oscille entre espoir et désillusion.

Comment se raisonner et ne plus attendre le retour de l’être aimé ?

Des histoires de retours inespérés, on en a tous entendues.

On en a tous entendues.

 

3.

Le désir d’un rapprochement physique entre vivants et morts

 

Le désir d’un rapprochement physique entre vivants et morts est enfoui au plus profond de chacun. La possibilité de pouvoir se recueillir à l’endroit même où repose l’être aimé et de lui offrir une dernière demeure décente fait figure de priorité dans les désirs des familles.

A fortiori lorsque le défunt est un soldat dont la dépouille reste inaccessible.

 

Au cours des différents conflits armés que notre pays a connus et connait encore, les familles ont conservé les mêmes attentes ; et elles sont prêtes à tout pour accéder au corps du défunt.

 

 

Longtemps, les simples soldats morts sur les champs de bataille n’ont eu pour dernière demeure que les fosses communes. Et encore. Nombreux sont les soldats qui furent inhumés par leurs compagnons d’armes à quelques pas du lieu des hostilités.

 

4.

Les soldats inhumés sur le champ de bataille en 1870

Lors de la guerre de 1870, de nombreuses familles n’eurent d’autres désirs que de ramener le corps de leur parent mort au feu pour l’inhumer dans le cimetière communal. Elles n’hésitèrent pas à surmonter bien des épreuves et encore moins à braver les interdictions mises en place par l’armée.

Charles Morancé était l’aumônier du 33ème régiment de Mobiles Sarthois. Chargé d’accompagner ces jeunes soldats dans jusqu’à leur dernier souffle, il relate avec beaucoup d’empathie le désir des familles endeuillée par la guerre de retrouver la dépouille de leur proche. Comme par exemple ce père d’un mobile de la 7ème compagnie, qui, dès novembre, alors que les combats font rage autour d’Orléans, fait le déplacement afin de rapatrier le corps de son fils, Alexandre Massot, originaire du Grand-Lucé dans la Sarthe et tué à Coulmiers près d’Orléans. Sur les indications de ses compagnons, l’emplacement de la sépulture fut localisé et l’exhumation put se faire.

 

« Par un heureux effet du hasard, auprès du corps de ce jeune homme était placé celui d’un compatriote, son ami d’enfance ! Unis pendant leur vie, frappés au même instant par la mort, ils ne devaient pas être séparés dans la tombe » Un régiment de l’armée de la Loire, de Charles Morancé

 

Les deux dépouilles sont déposées dans une voiture, et, soigneusement cachés à tous les regards, ils traversent le village pour prendre la direction de la Sarthe.

Mais pour de trop nombreuses familles, les recherches des dépouilles restent infructueuses.

Ainsi, un oncle et son neveu avaient tous deux été incorporés dans le 2ème bataillon de la 4èmecompagnie du 33ème régiment de Mobiles. L’aîné s’était engagé afin d’accompagner et veiller sur le plus jeune. Il avait déclaré :

 

« Si Dieu permettait qu’il fut frappé, je le mettrais sur mes épaules et le rapporterais à sa mère » Un régiment de l’armée de la Loire, de Charles Morancé

 

Malheureusement, son protégé fut mortellement blessé lors d’une bataille. Tous les efforts pour retrouver son corps furent infructueux. Pendant l’armistice, muni d’un laisser-passer, l’oncle était venu autour de Beaugency pour chercher son corps et le rendre à sa famille. Il visita toutes les ambulances, tous les registres de l’Etat civil. Aucun renseignement, aucune donnée probable sur le lieu où reposait sa dépouille ne permit de retrouver le corps de son protégé.

 

L’abbé Cochard, qui a laissé un témoignage des invasions d’Orléans, dépeint des scènes terribles auxquelles il dut participer afin d’assister les familles dans leur recherche de l’être cher disparu lors des combats :

 

« Après nos batailles, de tous les coins de la France envahie ou non envahie, nous vîmes des hommes  et des femmes en deuil accourir au milieu de nous et braver la rigueur du froid et la présence cruelle d’un ennemi sans cœur, pour découvrir ceux des leurs qu’une balle prussienne ou bien la mort avaient frappés. C’était un père, une mère, un frère, une sœur qui cherchaient un fils, un frère avec la poignante incertitude du sort terrible que l’ennemi pouvait leur avoir fait. Ils allaient  de champ de bataille  en champ de bataille, de ville en ville, scrutant , dans les cimetières ou dans les plaines avoisinant chaque lieu témoin d’un grand combat le moindre tertre, où la  terre, récemment remuée et surmontée d’une croix de bois grossier, trahissait la sépulture  d’un soldat français ; ils parcouraient d’un regard avide et anxieux, les listes des ambulances ; quand un nom aimé s’y rencontrait , ils allaient de lit en lit, pour reconnaitre celui qu’on recherchait ; ils interrogeaient les prêtres  et les infirmiers qui avaient administré les blessés ou relevé les morts au lendemain de la lutte. Quand les listes ou les hommes n’avaient rien livré, quand du sol de la captivité rien n’était venu, c’était à la terre muette et inanimée qu’on tentait, en désespoir de cause, d’arracher son redoutable secret, le dernier mot d’un douteuse existence. Et alors, spectacle cruel et déchirant ! On voyait des mères désolées, des sœurs délicates, provoquer une inhumation, y assister avec cette force d’âme, dont la femme seule a le secret : fortis ut mors dilectio ! Sur le bord d’une fosse commune et béante, elles suivaient d’un œil impassible en apparence, le fossoyeur découvrant  et retournant les cadavres entassés l’un sur l’autre, et, quand l’un deux leur rappelait l’être qu’elles pleuraient, dominant la sensibilité de leur cœur en redoublant d’attention, elles se rapprochaient pour découvrir , sous ces restes déformés, hideux et fétides, le moindre indice propre  à leur faire reconnaitre  celui qu’elles voulaient posséder mort, alors qu’elles acquéraient enfin la conviction qu’il n’était plus vivant » L’invasion prussienne de 1870, T.Cochard

 

 5.

Des histoires de retours inespérés, on en a tous entendues.

 

Et pour cause.

Durant la guerre de 1870, les soldats ne possèdent aucune plaque matricule et leur identification est très souvent difficile. Un fait qui a généré de nombreuses erreurs, de nombreuses transcriptions d'actes de décès qui ne sont révélées erronées.

 

Ainsi, les registres des actes de décès de la ville d'Orléans de 1871, 1872, 1873 contiennent une partie dédiée aux rectifications:

 

- Registre de l'année 1873, 2E 251 

 

 

Charles Barraux n'est pas décédé  à Orléans durant la guerre de 1870, contrairement à ce qui est inscrit dans le registre des décès de l'année 1870. (vue 490)

 

(...) Le procureur de la République a l'honneur d'exposer les faits suivants:

A la date du 22 décembre 1870, sur les déclarations des sieurs Pierre Dubos et Frédéric Mirablon, infirmiers militaires a été dressé à la mairie d'Orléans, un acte constatant le décès à l'ambulance de Saint Charles, d'un sieur Barreau, soldat au 29ème régiment d'infanterie de marche.

Cette déclaration était complètement erronée, ou du moins n'était nullement applicable au militaire dont on indiquait le nom de famille.

Le sieur Barraux Charles Ambroise, né à Corneville (Manche), le 13.10.1849 d'Ambroise Barraux et de Marie Bigard, son épouse légitime, a servi , en effet, dans le 29ème régiment d'infanterie de marche et s'est trouvé à Orléans pendant la guerre au mois de décembre 1870.

Mais le sieur Barraux est actuellement vivant, et il occupe le grade de caporal, à la quatrième compagnie du deuxième bataillon, du 29ème régiment d'infanterie de ligne en ce moment en garnison au Camp d'Avor. 

(...)

 

Bourillot Lazare n'est pas décédé  à Orléans durant la guerre de 1870, contrairement à ce qui est inscrit dans le registre des décès de l'année 1870. (vue 483)

 

(...) Le 3 décembre 1870, à la bataille d'Orléans, Bourillot fut blessé d'un coup de feu dans la tête: il fut alors transporté à l'ambulance des soeurs de la Sagesse, faubourg Saint Marceau, numéro 117, grande rue.

Le lendemain, 4 décembre, sur la déclaration des sieurs Valentin Féau et Félix Guillon, fut dressé à la mairie d'Orléans un acte constatant le décès de Lazare Bourillot, comme étant survenu dans cette ambulance sus indiquée la veille au soir à 4 heures.

Dans cet acte, Lazare Bourillot était désigné avec son âge véritable et son état civil était exactement indiqué. Une seule erreur s'était glissée dans les déclarations relativement au numéro matricule qu'on a dit être  le numéro 7683.

Toutes ces déclarations étaient erronées et s'appliquaient sans aucun doute à un soldat qui portait le numéro 7683 mais non à Lazare Bourillot. Celui-ci guéri de sa blessure, ainsi qu'il résulte de deux lettres émanant , l'une du maire de Laizy ( Soâne et Loire), du 03.11.1871, et l'autre de ce même magistrat à la date du premier avril 1873, jouit actuellement d'une pension militaire dans la commune de Laizy qu'il habite avec sa famille.

 

(...)

 

Paul Geslain n'est pas décédé  à Orléans durant la guerre de 1870, contrairement à ce qui est inscrit dans le registre des décès de l'année 1870. (vue 478)

L'acte dressé le 10 décembre 1870 à Orléans pour constater le décès d'un militaire dénommé Paul Geslain est erroné en ce qu'il doit s'appliquer  au sieur Saint-Paul ( Jean Bernard Simon Gézelin), né à Montrejean, le 22 mai 1840, du légitime mariage  de Jean Saint-Paul marchand de bois, avec Bertrande Rouilhon, ménagère.

 

 

 

 

- Registre de l'année 1871, 2E 245

 

Eugène Pitard n'est pas décédé le 13 novembre 1870 à Orléans

 

vue 385, Eugène Pitard, garde mobile de Charente inférieure n'est pas décédé le 13 novembre 1870 à l'hospice d'Orléans comme acté dans le registre d'Etat civil d'Orléans le 14.

Les indications recueillies sur les registres de l'hospice indiquaient  que le sus-nommé était né  le 29 novembre 1846 à Saint Leger de feu Pierre et de Marie Tourneau.

Or, l'individu en question n' a jamais fait partie de l'armée.[...] il a été reconnu vivant à Saint Léger.

Il a été impossible d'établir l'identité de l'individu auquel doit s'appliquer le dit acte.

 

 

Louis Léger n'est pas décédé le 27 novembre 1870 à Orléans

 

Vue 382, le 27 novembre 1870 est décédé à l'hospice d'Orléans un militaire dont le décès a été déclaré et inscrit le lendemain à la mairie d'Orléans sous les noms de Louis Léger, garde mobile de la Sarthe, premier bataillon; cinquième compagnie, âgé de 21 ans.

Les indications recueillies sur les registres de l'hospice énonçaient  en outre que le sus-nommé était né le 30 juillet 1849 à Champfleur (Sarthe) de Louis Anthème et de Renée Michelle Chapeau.

L'individu auquel s'appliquent ces énonciations sauf en ce qui concerne les numéros de bataillon et de la compagnie est vivant et habite Champfleur au 13 juillet 1871 ainsi que le constate un acte de notoriété dressé le dit jour par monsieur le juge de paix du canton de Saint Paterne.

Il n' a pas été possible d'établir l'identité de l'individu auquel doit s'appliquer le dit acte.

 

 

 

Les oubliés des registres

 

Il existe au contraire des décès qui n'ont jamais été enregistrés.

 

 

Registre de l'année 1872, 2E 248

 

 

 

L'exemple du corps de Joseph Sallé....( archives municipales d'Orléans en ligne)"utilisé par les Prussiens"

 

vue 446

 

Aujourd'hui, lundi 19 août 1872, devant nous (...), avons inscrit au registre des décès le jugement dont le teneur suit:

(...) Le nommé Joseph Sallé, né le 29.08.1849 à Saint Jean de la Motte ( Sarthe), de Joseph René et Anne Magdeleine Naveau, habitait cette commune dans laquelle il exerçait le profession de Charpentier, lorsqu'il fut obligé de partir pour le service militaire de la dernière guerre au nombre des gardes mobiles du département de la Sarthe.

Joseph Sallé faisait partie du premier bataillon du 33ème régiment qui appartenait à la première division du 16ème corps. Le 31 janvier 1871, Joseph Sallé décédait à 6h du soir à Orléans, dans l'ambulance établie à l'Ecole professionnelle de cette ville, et son corps fut transporté à la Caserne de la place de l'Etape par les soins de l'autorité prussienne, pour être soumis à l'autopsie.

 

Par suite des circonstances désastreuses au milieu desquelles se touvait à cette époque l'administration municipale de la ville et de la désorganisation des différents services, aucun acte constatant le décès de Joseph Sallé ne fut dressé à la mairie d'Orléans.

 

La mère de Joseph Sallé est veuve: elle a un autre fils qui, appartenant à la classe de 1870 est aujourd'hui soldat. Le décès du fils ainé n'ayant été constaté sur aucun registre de l'Etat civil, il est censé être actuellement vivant et rentré dans ses foyers et le fils cadet ne peut bénéficier de sa situation de fils aîné de veuve pour faire valoir l'exemption du service militaire à laquelle il a droit en cette qualité.

La veuve Sallé a donc intérêt , ainsi que son fils, à la rectification ou du moins à la constatation qu'elle sollicite.

Elle a justifié de son indigence, conformément à la loi.

(..)

L'exactitude de ces faits a été certifiée par la déclaration écrite du sieur Demond, directeur de l'Ecole Professionnelle d'Orléans et par la déposition des témoins entendus à l'audience.

(...)

 

 

 

Tag(s) : #Guerre de 1870
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