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Lettre à l'Ancêtre,

 

 

 

 

 

 

J'ai reçu le Bordager n° 80.  J?ai tout lu. Pour le plaisir. Tout ! Jusqu'au rapport moral de l'année 2005. J'y ai rencontré cette phrase :

« Vous pourrez débusquer, avec un peu de chance, cet ancêtre devenu le personnage mythique de vos incessantes recherches, le sang de vos quartiers, idéalisé, parce que devenu inaccessible. »

 

 

 

C'est exactement ce qui est arrivé à celui que je nomme « Mon René ! ».

Cet homme, je le traque depuis tant d'années!C'est devenu une obsession. Je le cerne, je le devine, j'apprends à le connaître par l'intermédiaire des autres : je retrouve ses enfants et leurs ascendants, ses filleuls et leurs descendants, je retrouve sa femme, Agathe, son Agathe, mon Agathe que j'imagine tellement jolie. Je retrouve ses beaux frères, ses belles soeurs, ses beaux ?parents, car Agathe était entourée d'une très grande famille.

 

 

Agathe.

Forcément, elle était belle et douce, Agathe, et il l'a aimée, bien sûr. Sinon, pourquoi lui aurait-il fait autant d'enfants ? ( 9 tout de même !).

Forcément,  l'histoire de Mon René et de Mon Agathe est  différente  des autres : ils se sont aimés, vraiment aimés;choisis aussi!.Je ne peux croire qu'il s'agisse d' une union classique, qu'ils se soient rencontrés comme tant d'autres au cours du mariage d'un cousin éloigné.Sinon, comment expliquer que leur mariage soit si difficile à retrouver. Leur union doit défier l'ordinaire.

D'ailleurs, après le décès d'Agathe,  Mon René serait resté seul. Et pourtant leur dernier enfant, Julien, celui qui a donné naissance à la  branche sur laquelle je suis assise, était si jeune.

C'est donc bien une histoire d'amour !  (Ca ne serait pas ça, «  idéaliser » ?)

 

 

A force de compiler de plus en plus d'informations sur ceux qui ont partagé sa vie, j'en arrive à deviner les parents de Mon René.Deviner, oui, mais pas confirmer!..

Car il me manque toujours le même acte : Le mariage de Mon René avec  son Agathe. Voilà des années que je le traque,de paroisse en paroisse, d'année en année, de registre en registre, de page en page.

La retranscription de cette union m'apporterait les noms des parents de René que je ne fais que deviner.

Alors, depuis le temps que je suis à la recherche de ce couple et surtout de cet homme, j'ai fini par l'idéaliser car il est devenu inaccessible.

Il m'en a fait tourner des pages !

 

 

Maintenant, je continue ma traque à domicile, de  mon salon, via Internet. Je ne tourne plus les pages des registres mais je clique pour accéder à la page suivante des archives en ligne.

Mes périodes de chasse sont plus fréquentes et j'ai l'impression que l'étau se resserre. Et pourtant, Mon René s'inscrit toujours en manque dans mon arbre.

Il m'en fait passer des soirées devant l'écran !

 

 

A la maison, on parle de lui comme d'une personne vivante et parfois, lorsque j'allume l'écran et que mes enfants entendent la  mélodie de l'ordinateur qui démarre, ils s'informent : «  Tu vas chercher  René ? ». Ou lorsque l'emploi du temps de la famille atteint des proportions ingérables et que le temps me manque pour tout, il y en a toujours un pour dire : «  C'est pas comme ça que tu trouveras le temps d'attraper   Ton René ! »

 

Agathe fait moins la difficile. Elle s'est laissée « débusquer » plus facilement. Je l'ai épinglée dernièrement sur la case qui lui était réservée dans mon arbre, placardée au mur de mon salon?. Mais elle s'y sent seule, sans son René qui continue de courir les registres d'Etat civil sans elle.

Patience Agathe, l'étau se resserre, je le sens. Bientôt je l'aurai, Mon René,  et  il redeviendra tien en prenant sa place dans la case de mon arbre, juste à côté de la tienne.

 

 

Il sera alors démystifié et un autre que lui viendra prendre sa place en occupant mes pensées.

 

 

Ainsi vont les amours, elles naissent, nous possèdent puis disparaissent en laissant leurs traces.

Tag(s) : #La faiseuse d'histoires

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